Victorien Errusard Parrain du Nautique de Saint-Malo

Salon Nautique Saint-Malo 2026

Victorien Erussard, navigateur et entrepreneur, fondateur et capitaine d’Energy Observer, est le parrain de l’édition 2026 du Nautique de Saint-Malo. Il revient sur son engagement, son attachement à la mer et les enjeux de la transition maritime.

Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être le parrain du Nautique de Saint-Malo ?

C’est avant tout un vrai plaisir. Être associé à un événement comme le Nautique, dans une ville comme Saint-Malo, a du sens.

Le nautisme fait partie de l’ADN du territoire, avec un terrain de jeu exceptionnel et un écosystème très complet, qui va de la plaisance à la course au large, en passant par la pêche et les activités portuaires.

Ce que je trouve intéressant, c’est la dynamique qui est en train de se structurer. On sent une volonté collective de faire évoluer les usages, d’investir dans les infrastructures et de projeter le territoire vers les enjeux à venir.

Le Nautique a un rôle important à jouer dans cette trajectoire : fédérer les acteurs, créer du lien et accompagner cette montée en ambition.

Quel message souhaitez-vous transmettre à travers ce parrainage ?

Le message que je souhaite porter est assez simple : on n’a plus le choix, il faut accélérer.

Depuis plusieurs années, on s’engage concrètement dans la décarbonation du maritime, avec des expérimentations en mer à bord d’Energy Observer, d’abord avec EO1, et demain avec EO2 et EO3. En parallèle, on développe des solutions industrielles avec EODev et EO Concept. On ne théorise pas, on teste, on construit, on prend des risques.

On mouille la chemise pour ouvrir des voies qui sont, selon nous, nécessaires si l’on veut réellement viser la neutralité carbone dans nos activités.

Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est que le monde avance à plusieurs vitesses, et que certaines grandes puissances font parfois le choix de revenir en arrière. Justement, c’est dans ces moments-là qu’il faut tenir le cap.

Je crois profondément dans notre capacité, en France et en Europe, à porter une industrie innovante, exigeante et utile. Mais cela ne peut se faire qu’en jouant collectif, en rassemblant les énergies, les compétences et les volontés.

Mon engagement est total, et ce parrainage est aussi une manière de réaffirmer ce cap : ne pas regarder en arrière, et continuer à avancer.

Quel a été votre plus grand défi en mer jusqu’à présent ?

Le premier réflexe serait de parler de l’odyssée d’Energy Observer. Partir faire le tour du monde avec un navire expérimental, sans modèle existant, en développant une chaîne énergétique totalement nouvelle, c’était un défi à la fois technique et humain, avec une part d’incertitude permanente.

Mais si je remonte un peu plus loin, il y a un autre moment très fondateur. À 24 ans, je me suis lancé dans la Route du Rhum 2006 en solitaire. J’étais jeune, et je n’avais jamais passé une seule nuit seul en mer avant ma qualification.

Avec le recul, c’était presque inconscient, mais c’est aussi ce qui rend ce défi si marquant. Il m’a profondément construit.

Depuis, je n’ai jamais cessé de me lancer de nouveaux défis. C’est une constante chez moi. Mais avec le temps, ces défis ont pris une autre dimension. Ils sont de plus en plus engagés, avec du sens.

Aujourd’hui, cela se traduit par des projets comme Energy Observer, mais aussi par des développements industriels plus ambitieux, comme le cargo EO2, un navire de 160 mètres propulsé à l’hydrogène liquide, récemment lauréat du Fonds Innovation européen, avec un objectif de décarbonation de l’ordre de 98 %.

Ce qui m’anime, au fond, c’est de continuer à ouvrir des voies, en mer comme à terre.

Quelle est votre relation personnelle avec Saint-Malo ?

C’est mon port d’attache, à la fois professionnel et familial. C’est ici que tout s’ancre, et c’est aussi ici que je reviens, quoi qu’il arrive.

J’ai eu la chance de naviguer partout dans le monde, de découvrir des territoires extraordinaires, mais chaque retour à Saint-Malo a quelque chose de particulier. On mesure vraiment la richesse de ce lieu, la force de son environnement et ce qu’il représente.

C’est une ville tournée vers la mer, avec une histoire maritime très forte, mais aussi une capacité à continuer de regarder au large. Cette énergie m’accompagne depuis le début et fait pleinement partie de mon parcours.

En parallèle, depuis trois ans, j’ai repris la compétition en catamaran de sport, en F18, avec une participation au circuit mondial. C’est un retour aux fondamentaux, à la navigation pure, très engagée physiquement et techniquement.

Je viens régulièrement m’entraîner en baie de Saint-Malo avec quelques partenaires, y compris en hiver. C’est un plan d’eau exigeant, mais exceptionnel, qui permet de rester connecté à la réalité du terrain.

C’est aussi un clin d’œil à la pratique de la voile sportive à Saint-Malo, à ses clubs nautiques et à tous ceux qui forment les jeunes. J’essaie, à mon niveau, de m’investir pour que cette pratique soit toujours plus accessible, plus structurée et plus efficace pour les nouvelles générations.

C’est une dimension importante pour moi, qui fait le lien entre la plaisance, la performance et l’avenir du nautisme.

Quels sont vos projets à venir ?

Ils sont nombreux, mais ils s’inscrivent tous dans une même dynamique.

Nous avons lancé une nouvelle expédition mondiale intitulée « En quête de la neutralité carbone », qui va se déployer jusqu’en 2033 à travers sept missions. L’objectif est d’explorer, à l’échelle planétaire, les leviers permettant d’atteindre, ou non, cette neutralité carbone, et de mieux comprendre les grands équilibres climatiques.

Nous partirons le dimanche 19 avril à 11h depuis le quai Duguay-Trouin pour la mission 1 dédiée à la capture carbone. Cette première étape nous mènera jusqu’en Islande, avant un retour à Saint-Malo lors de la Route du Rhum, où nous installerons notre village pour partager avec le public, les scolaires et les Malouins les enseignements et les innovations rencontrés en chemin.

En parallèle, nous lançons dans les prochaines semaines la construction de notre nouveau navire, Energy Observer 3. C’est un démonstrateur multi-énergies qui intégrera hydrogène, ammoniac, solaire et propulsion vélique. Nous en dévoilerons les premiers secrets lors du Nautique, où nous serons présents avec Energy Observer et l’équipage, avec une exposition ouverte au public.

Tout cela, avec nos projets industriels, poursuit une même ambition : passer de l’expérimentation à l’industrialisation et contribuer concrètement à la transformation du secteur maritime.